
Le Cercle de lecture de Regarde-venir a tenu sa quatrième rencontre le 17 janvier 2010. La première s’était déroulée, en Juillet, au Val des nymphes avec la lecture de textes trouvés sur internet : on y glane des merveilles d’auteurs bien vivants ! Le second a eu lieu, en septembre, à Valle Aurea, au bord des cascades de la Berre, autour des livres qu’on lit et relit… Il y a eu foule.
Les deux derniers Cercles de lecture ont eu pour thème : des petites histoires dans l’Histoire en novembre, puis la Gourmandise en janvier. Ils ont permis d’écouter des textes d’Iréne Nimérovsky, Antonine Maillet, Italo Calvino, Albert Camus, St John Perse, Patrick Chamoiseau, Edouard Glissant, Jean Teulé, Shsahi Tharoor, Muriel Barbery, Philippe Delerm, Noëlle Châtelet, Sylvie Germain, Françoise Moreau…. Des auteurs contemporains des quatre coins du monde.
Les lectures se rodent. Le lieu d’hiver, magique, est tout à fait adopté maintenant: une chapelle du dix-septième siècle, avec deux pénitents en fresque qui veillent sur nos mots. Le déroulement des lectures se construit, s’improvise en direct, lors de l’écoute du texte précédent avec de belles rencontres, et parfois des montées en puissance réussies. Le hasard rassemble les textes, tisse les mots…. Et cela marche parce que chaque lecteur a choisi avec amour le texte qu’il nous donne en lecture .

Parmi les découvertes ou redécouvertes : un coup de chapeau au « Chevalier inexistant » d’Italo Calvino qui appartient à la trilogie du « le baron perché et du vicomte pourfendu ». Quelle merveille et quelle drôlerie ! Et une découverte : « Des gourmandises sur l’étagère » de Françoise Moreau, un délice édité par l’Escarbille en 2002. C’est voluptueux comme un soufflé gonflé juste à point.
Le prochain Cercle est fixé au dimanche 7 mars à 17 h à la Chapelle des Pénitents. Nous serons à la veille de la journée des Femmes et au début de la Semaine de la poésie dont le thème est : Couleur Femme et la marraineEt voici un petit texte lu en prologue de la quatrième rencontre. S’il n’est pas récent, il est étonnamment moderne et justifie, à lui tout seul, l’existence de notre Cercle de lecture :
Comment lire un livre ?
« …il reste qu’en tant que lecteurs, nous avons nos responsabilités, et même notre importance. Les normes que nous érigeons et les jugements que nous formons partent dans les airs et se diffusent dans l’atmosphère que respirent les écrivains quand ils travaillent. Une influence se crée qui s’exerce sur eux, même si aucun texte imprimé n’en rend compte. Et cette influence, si elle est avisée, énergique, personnelle et sincère, peut prendre beaucoup de valeur à une époque où la critique ne peut plus s’exercer normalement, où les livres sont passés en revue comme un cortège d’animaux dans un stand de tir, où le critique n’a qu’une seconde pour charger son arme, viser et tirer, et où l’on peut bien l’excuser s’il prend des lapins pour des tigres, des aigles pour des volailles de basse-cour, ou s’il manque complètement sa cible et laisse son coup se perdre sur une vache qui broutait paisiblement dans un champ voisin. Si, derrière la fusillade fantasque de la presse, l’auteur sentait qu’il existe une autre sorte de critique, l’opinion de gens qui lisent par amour de la lecture, lentement et pour le plaisir, et font preuve dans leur jugement d’une grande compréhension mais aussi d’une grande sévérité, cela ne pourrait-il pas améliorer la qualité de son travail ? Et si grâce à nous les livres pouvaient devenir plus forts, plus riches et plus variés, cela vaudrait le coup d’atteindre pareil but ».
Virginia Woolf, conférence prononcée le 30 janvier 1926 à Heyes Court dans le Kent, publiée une première fois dans la Yale Review en octobre 1926, traduite de l’anglais par Céline Candiard dans Comment lire un livre ?, éditions de L’Arche, 2008.